La selle, le maître et la jument
En sortant de l’Hôtel des Trois Maures avant l’aube, elle quitta la ville rapidement, prenant le chemin de terre vers les collines où, selon l’apprenti, résidait le Maître. Son pas était résolu ; elle allait enfin rencontrer le legendaire artisan sellier des montagnes de l’Atlas.
Elle avait voyagé des jours durant, troublée, poursuivant une quête qu’elle avait du mal à définir et qui avait souvent mis sa résolution à l’épreuve. « Il n’y a plus de doute », se dit‑elle. « Comme dans mes songes, on m’a conduite jusqu’au désert. À présent, je dois suivre la voie qui m’a choisie. »
Et elle allongea le pas.
Le Maître avait consenti à la recevoir et à lui confier son chef‑d’œuvre: une selle d’une finesse inégalée, au cuir souple comme une caresse, sertie de gemmes étincelantes aux couleurs de sable chaud et de ciel étoilé. Mais cette selle n’était pas destinée à n’importe quelle monture. Elle ne convenait qu’au plus noble, au plus vaillant des chevaux : un destrier capable de retrouver le sentier menant au temple ensablé depuis si longtemps que personne ne se souvenait l’avoir vu.
Le destin de son peuple reposait sur la réussite de cette épopée dont tous ignoraient l’imminense et l’enjeu. Mais le Maître, lui avait compris et percevait les lignes invisibles qui reliaient son geste à leur salut.
Aujourd’hui, elle recevrait la selle et prêterait serment de la rapporter une fois sa mission accomplie. Le cheval doré la conduirait jusqu’au temple. Elle ignorait combien de temps durerait le voyage, mais elle savait que, durant la chevauchée, elle devrait encanter des mots d’une langue oubliée qu’elle avait réussi à mémoriser — des mots qui ouvriraient les portes de la cité enfouie.
Le courage de sa folle quête, le cheval des princes du désert, la selle du Maître et son chant étaient les offrandes que les pierres anciennes exigeaient pour lui confier la clef qui libérerait le peuple et le guérirait de ses blessures.
Ainsi il en avait été décidé.
Son but n’avait jamais été aussi clair, son intention aussi affûtée. Au seuil de son destin, avec pour seules provisions du pain, de l’eau et quelques fruits secs, elle s’arrêta sur le chemin de pierre pour invoquer la bénédiction de ses ancêtres et de ses guides invisibles. Ainsi entourée, rassurée, elle reprit sa marche, le coeur battant de hâte.
Le vieux Maître et la jument Akhal‑Teke l’attendaient.
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